#243


En fouillant dans mes vieilles photos argentiques,
(Archives de 2001 env.)  
j'ai retrouvé ce cliché d'un personnage qui a l'air
d'être vachement emmerdé avec son engin explosif 
ou pas; car je n'en suis pas sûr.
 Mais si l'on suit bien le câble, celui-ci semble être raccordé
 à un sortie de robinet d'eau.
Serait-ce donc un grOs pétard mouillé ?! 

Commentaires

  1. Ca rend très bien l'argentique je trouve.
    La 1ère chose que je remarque, c'est le visage de profil gauche à l'intérieur de la bouche de cette étrange créature.
    Photo très proche de mon rêve sur la signification du baptême (l'explosif représentant le chauffe eau, au sol les impuretés) et de cette pub plus actuelle que j'ai encore vue dernièrement :
    http://fr.1001mags.com/images/Couv/D/DirectMatin/1697/32333-DirectMatin-1697-Page-032.jpg
    Ben oui !!! :) Ca peut paraître étrange, mais si, c'est surréaliste ! On dirait que ça chauffe à l'intérieur de cet explosif...
    Biche

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  2. On dirait qu'il s'est fait mal, le monsieur ? ;-)

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  3. C'est étrange, cette photo correspond au livre que j'ai commencé il y a 3 jours : « Au revoir là haut » de Pierre Lemaitre. La « gueule cassée » de la créature, l'explosif... Bizarre...comme le soldat à la gueule cassée par un explosif dans l'histoire. Ce livre raconte les méthodes et la psychologie d'un salaud ordinaire nommé Pradelle.
    D'autant plus que je suis actuellement concernée par une autre histoire de salaud des temps modernes. En l’occurrence un Thénardier très actuel, petit chef dans une entreprise d'interim, qui ne paie pas ce qu'il doit, invente des absences injustifiées (fausses bien sûr), expert dans le flou artistique des contrats de travail et avenants signés à la va vite sur un coin de table , bien sûr injoignable au téléphone lorsque ça l'arrange... C'est à dire presque toujours.

    Dans le livre le salaud ordinaire s'appelle donc Pradelle ; non seulement il tire une balle dans le dos de ses hommes dans les tranchées mais en plus après la guerre il monte un commerce juteux en « tirant les prix » des cercueils destinés aux soldats morts ( longueur 1m 30 !... et que met-t-il dedans en tant que parfait salaud ordinaire?).

    Je remarque un parallèle entre l'état à cette époque là et la société actuelle qui fait distribuer par Pradelle Sté d'intérim des blocs de papier de plusieurs pages de couleur jaune (oH du jaune!) avec plein de n° de tel dedans.

    Colère froide , vais-je exploser ?
    Je crois que je vais devoir faire preuve de créativité pour inciter mon Pradelle Thénardier à payer ce qu'il doit à son salarié.
    Je n'ai pas dit faire preuve d'illégalité comme dans le livre où les deux soldats trahis par Pradelle montent l'arnaque du siècle !

    Est ce que ça va être un pétard mouillé ? Rien n'interdit d'oser !
    Affaire à suivre ou pas...

    http://archive.francesoir.fr/actualite/economie/l-entreprise-qui-abuse-86038.html

    http://www.ladepeche.fr/article/2006/05/03/46223-62-euros-de-salaire-pour-539-annuaires-distribues.html

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  4. Au sortir de la Première Guerre mondiale, deux anciens Poilus, Édouard Péricourt (fils de la haute bourgeoisie, dessinateur fantasque et homosexuel rejeté par son père) et Albert Maillard, modeste comptable, font face à l'incapacité de la société française de leur ménager une place. Leur relation naît le 2 novembre 1918, juste avant la fin de la Grande Guerre. Albert est le témoin d'un crime : le lieutenant Henri d’Aulnay-Pradelle, aristocrate arriviste qui veut gagner ses galons de capitaine, parvient à lancer une dernière offensive en faisant croire que les Allemands, qui attendent pourtant l'Armistice comme les Français, ont tué deux de ses hommes éclaireurs mais Albert a compris que c'est son lieutenant qui leur a tiré une balle dans le dos. Pendant l'offensive, Pradelle pousse Albert dans un trou d’obus, ce dernier se retrouvant enterré vivant face à une tête de cheval mort. In extremis Édouard sauve Albert d’une mort atroce au prix de sa défiguration par un éclat d’obus, faisant de lui une gueule cassée alors qu'Albert, traumatisé, devient paranoïaque.

    Démobilisés, Albert et Édouard, amers, vivent difficilement à Paris. Ces deux laissés-pour-compte se vengent de l'ingratitude de l’État en mettant au point une escroquerie qui prend appui sur l'une des valeurs les plus en vogue de l'après-guerre : le patriotisme. Ils vendent aux municipalités des monuments aux morts fictifs. Quant au lieutenant Pradelle, il profite des nombreux morts inhumés dans des tombes de fortune sur le champ de bataille pour signer un contrat avec l’État qui prévoit de les inhumer à nouveau dans des cimetières militaires, vendant « aux collectivités des cercueils remplis de terre et de cailloux, de morceaux de cadavres français, voire de soldats allemands ».


    Pierre Lemaitre a emprunté le titre de son roman à la dernière lettre adressée à sa femme par le soldat Jean Blanchard injustement fusillé en 1914 et dans laquelle il écrit « Au revoir là-haut ma chère épouse ».

    Si l'arnaque des monuments aux morts est inventée par l'auteur, celle du trafic des cercueils se base sur une réalité historique. À l'issue de la Première Guerre mondiale, la majorité des familles endeuillées souhaite exhumer le corps de leur parent mort au feu afin de l’inhumer dans le cimetière communal mais le gouvernement interdit cette pratique par souci d'hygiène, d'économie et pour ne pas mettre en danger l’intégrité et l'identité des cadavres. Bravant cette interdiction, ces familles entreprennent par elles-mêmes ou en faisant appel à des « mercantis de la mort » (entrepreneurs locaux ou « maisons » de pompes funèbres parisiennes, voire des escrocs), à violer les sépultures militaires et ramener clandestinement les restes mortels. Le développement de cette pratique illicite dans les années 1919 et 1920 incite le Ministère de l'Intérieur à prendre des décisions, oscillant entre prévention et répression, jusqu'à la loi du 31 juillet 1920 qui prévoit que la totalité des frais de transfert autorisé des corps de soldats morts sont désormais à la charge de l’État.

    (Wikipédia - Au revoir là-haut - Pierre Lemaître)

    Biche

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  5. Merlin, l'expert mandaté par l'état établit son rapport sur ses visites d'inspection dans les cimetières :
    Extrait
    A la lecture de son rapport, les autorités trouvèrent la situation très préoccupante. Personne ne voulant prendre de responsabilités, le document grimpa rapidement vers les hauteurs, jusqu'à atterrir sur le bureau du directeur de l'administration centrale, expert de l'étouffement de dossiers comme tous ses pairs des autres ministères.
    Pendant ce temps, chaque nuit, dans son lit, Merlin peaufinait les phrases qu'il prononcerait devant sa hiérarchie le jour où il serait convoqué et qui, toutes, revenaient à un constat simple, brutal et lourd de conséquences : on inhumait des milliers de soldats français dans des cercueils trop petits. Quelle que soit leur taille, d'un mètre soixante à plus d'un mètre quatre-vingts (Merlin avait dressé, grâce aux livrets militaires disponibles, un échantillon très documenté de la taille des soldats concernés), tous, se voyaient mis dans des bières d'un mètre trente. Pour les faire entrer, il fallait briser des nuques, scier des pieds, casser des chevilles ; en somme, on procédait avec les corps des soldats comme s'il s'agissait d'une marchandise tronçonnable. Le rapport entrait dans des considérations techniques particulièrement morbides, expliquant que, « ne disposant ni de connaissances anatomiques, ni de matériel adapté, le personnel en était réduit à fracasser les os du tranchant de la pelle, ou d'un coup de talon sur une pierre plate, parfois à la pioche ; que même ainsi , il n'était pas rare que l'on puisse faire tenir les restes des hommes trop grands dans des cercueils trop petits, qu'on y entassait alors ce qu'on pouvait et qu'on déversait les surplus dans un cercueil servant de poubelle, qu'une fois plein on refermait avec la mention « soldat non identifié » ; que, par ailleurs, les cadences imposées par l'entreprise adjudicataire à ses ouvriers obligeaient ces derniers à ne mettre en bière que la partie du corps le plus directement accessible, qu'on renonçait donc à fouiller la tombe à la recherche d'ossements, de papiers ou d'objets permettant de vérifier ou de découvrir l'identité du défunt comme le prévoyait le règlement et qu'on retrouvait fréquemment, ici et là, des os dont nul ne pouvait savoir à qui ils appartenaient ; qu'outre un manquement grave et systématique aux instructions données en matière d'exhumation et la livraison de cercueil ne correspondant nullement au marché qui lui avait été attribué, l'entreprise, etc » Comme on voit, les phrases de Merlin pouvaient être constituées de plus de deux cents mots ; sur ce plan, dans son ministère, il était considéré comme un artiste.

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  6. Un petit peu de lecture ?
    (Si Roger Oxoh n'apprécie pas la lecture, il faut vraiment qu'il me le dise !)
    J'aime bien partager mes lectures surtout lorsque j'ai apprécié le livre.


    Le constat fit l'effet d'une bombe.
    C'était alarmant pour Pradelle (le salaud de l'histoire) et Cie, mais aussi pour la famille Péricourt (le père du soldat Edouard qui n'a plus qu'une moitié de visage), très en vue, et pour le service public qui se contentait de vérifier le travail a posteriori, c'est à dire trop tard. Si la chose s'ébruitait on allait vers un scandale. Dorénavant, les informations concernant cette affaire devraient donc remonter jusqu'au cabinet du directeur de l'administration centrale sans aucun arrêt dans les strates intermédiaires. Et afin de calmer le fonctionnaire Merlin, on l'assura, par la voie hiérarchique, que son document avait été lu très attentivement, très apprécié, et qu'on y donnerait les suites appropriées dans les plus brefs délais. Merlin, qui avait près de quarante ans d'expérience, comprit immédiatement que son rapport venait d'être enterré et il n'en fut pas autrement surpris. Ce marché du gouvernement recelait sans doute bien des zones d'ombre, le sujet était sensible ; tout ce qui gênait l'administration serait écarté. Merlin savait qu'il n'avait aucun intérêt à devenir encombrant, faute de quoi il serait, encore une fois, déplacé comme une potiche, merci bien. Homme de devoir, il avait fait son devoir. Il se sentait irréprochable.

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  7. Les rêves de Merlin...

    Il fit des rêves tristes, des soldats en état avancé de décomposition s'asseyaient dans leur tombe et pleuraient ; ils appelaient au secours, mais aucun son ne sortait, de leur gorge;leur seul réconfort venait d'immenses Sénégalais, nus comme des vers, transis de froid, qui balançaient sur eux des pelletés de terre comme on lance un manteau pour couvrir un noyé qu'on vient de repêcher.
    Merlin se réveilla en proie à une profonde émotion qui, et c'était très nouveau pour lui, ne le concernait pas exclusivement. La guerre, pourtant terminée depuis longtemps, venait enfin de faire irruption dans sa vie.
    La suite fut le résultat d'une curieuse alchimie dans laquelle entraient l'atmosphère sinistre de ces cimetières qui renvoyaient Merlin au désastre de son existence, le caractère vexatoire du blocage administratif qu'on lui opposait et son habituelle rigidité : un fonctionnaire de sa probité ne pouvait se contenter de fermer les yeux. Ces jeunes morts, avec lesquels il n'avait aucun point commun, étaient victimes d'une injustice et n'avaient personne d'autres que lui pour la réparer. En quelques jours, cela devint une idée fixe. Ces jeunes soldats tués vinrent le hanter, comme un sentiment amoureux, une jalousie ou un cancer. Il passa de la tristesse à l'indignation. Il se mit en colère.
    Puisqu'il n'avait reçu aucun ordre de sa hiérarchie lui intimant de suspendre sa mission, il informa les autorités qu'il se rendrait en inspection à Dargonne-le-Grand, et là-dessus, il prit le train dans la direction inverse, pour Pontaville-sur-Meuse.

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  8. Et oui, à mon grand regret, début de corruption de fonctionnaire... (j'aurai pu faire plus gai pour un 14 août !)

    Depuis quand mettait-on des Boches dans des cercueils français ? Comment les retrouver ?
    Plus que jamais, il fallait que ce rapport disparaisse.
    Impérativement.
    Henri (Pradelle) regarda mieux Merlin et prit conscience qu'il était bien plus vieux encore qu'il lui avait semblé d'abord, avec ses traits creusés et ce vitreux de l’œil qui annonce la cataracte. Et une tête vraiment petite, comme certains insectes.
    -Il y a longtemps que vous êtes fonctionnaire ?
    La question fut posée d'une voix cassante, autoritaire. Pour Merlin, elle eut l'air d'une accusation. Il n'aimait pas cet Aulnay-Pradelle qui correspondait si parfaitement à ce qu'il s'était imaginé, une grande gueule, un roublard, un riche, un cynique, le mot de « mercanti » lui vint à l'esprit, très à la mode. Merlin avait accepté de monter dans ce véhicule parce qu'il y avait intérêt, mais il s'y sentait mal comme dans un cercueil.
    -Fonctionnaire ? Répondit-il. Toute ma vie.
    C'était exprimé sans fierté, sans amertume, simple constat d'un homme qui certainement n'avait jamais imaginé un autre état que celui-ci.
    -Quel est votre grade aujourd'hui monsieur Merlin ?
    C'était bien vu, mais blessant, et à peu de frais parce que, pour Merlin, stagner, à quelques mois de la retraite, dans les tréfonds de la pyramide administrative restait une plaie ouverte, une humiliation. Son avancement avait péniblement suivi les progrès exclusivement dus à l'ancienneté et il se trouvait dans la situation d'un soldat du rang qui achèverait
    sa carrière sous l'uniforme d'un seconde classe...
    -Vous avez fait, reprit Pradelle, un travail extraordinaire, dans ces inspections !

    A suivre...

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  9. Corruption de fonctionnaire (on y arrive !...)

    Il était admiratif. Merlin aurait été une femme, il lui aurait pris la main.
    -Grâce à vos efforts, à votre vigilance, nous allons pouvoir remettre de l'ordre dans tout ça. Les employés indélicats..., nous allons les foute dehors. Vos rapports vont nous être de la plus grande utilité, ils vont nous permettre une reprise en main très ferme.
    Merlin se demanda qui était ce « nous » dans la bouche de Pradelle.
    La réponse arriva aussitôt, ce « nous », c'était la puissance de Pradelle, c'était lui, ses amis, sa famille, ses relations...
    -Le ministre lui-même sera intéressé, poursuivait Henri, et je peux même dire : reconnaissant ! Oui, reconnaissant pour votre compétence et votre discrétion ! Parce que bien sûr, vos rapports nous seront indispensables, mais il ne serait bon pour personne que la chose s'ébruite, n'est-ce pas...
    Ce « nous » rassemblait un monde de pouvoir, d'influence, des amitiés au plus haut niveau, des décideurs, le haut du panier, à peu près tout ce que haïssait Merlin.
    -Je vais en parler directement au ministre, monsieur Merlin...
    Et pourtant, pourtant... C'était certainement le plus triste dans tout cela : Merlin sentait quelque chose monter en lui, à son corps défendant, à la manière d'une érection incontrôlable. Après tant d'années d'humiliation, connaître enfin une belle promotion, faire taire toutes les mauvaises langues, et même commander ceux qui l'avaient humilié...
    Il vécut des secondes d'une intensité folle.

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  10. Pradelle vit clairement sur le visage de ce raté que n'importe quelle nomination serait suffisante, n'importe quelle verroterie, comme pour les nègres dans les colonies.
    -... et je vais veiller, reprit-il, à ce que votre mérite et votre efficacité ne soient pas oubliés mais, au contraire, dignement récompensés !
    Merlin hocha la tête en signe d'assentiment.
    -Tiens, pendant que vous y êtes..., dit-il d'une voix sourde.
    Il se pencha vers sa grosse serviette en cuir et farfouilla un long moment. Henri (Pradelle) commençait à respirer, il avait trouvé la clef. Il fallait maintenant obtenir qu'il retire ses rapports, annule tout, réécrive même de nouveaux comptes rendus élogieux, contre une nomination, un grade, une prime : avec les médiocres, n'importe quoi fait l'affaire.
    Merlin fouilla encore un long moment puis il se releva avec à la main une feuille de papier froissée.
    -Pendant que vous y êtes, répéta-t-il, mettez aussi de l'ordre là-dedans.
    Henri prit la feuille et la lut, c'était une réclame. Il blêmit.
    La société Frépaz proposait de racheter « à bon prix », tous les dentiers usagers, même brisés ou hors d'usage ».
    Le rapport d'inspection devenait de la dynamite.
    -Ca fonctionne pas mal, ce truc-là, reprit Merlin. C'est un bénéfice modeste pour le personnel local, quelques centimes par dentier, mais bon, les petits ruisseaux font les grandes rivières.
    Il désigna le papier que tenait Pradelle.
    -Vous pouvez le garder, j'en ai mis un autre exemplaire dans mon rapport.
    Il avait repris sa sacoche et parlait à Pradelle du ton de quelqu'un que la conversation n’intéresse plus. Et c'était vrai parce que ce qu'il venait d'entrevoir arrivait trop tard. Cet éclair de désir, la perspective d'une promotion, d'un nouveau rang, avait fait long feu. Il allait bientôt quitter la fonction publique et avait abandonné tout espoir de réussite. Rien n'effacerait jamais quarante années comme celles qu'il avait vécues. D'ailleurs, que ferait-il, assis dans un fauteuil de chef de service, à commander des gens qu'il méprisait depuis toujours ? Il frappa sur sa sacoche, bon, c'est pas que je m'ennuie.

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  11. Donc, oui, là on commence sérieusement à détester l'auteur du roman ! Il ne peut pas nous faire ça ! N'y a-t-il aucune morale dans cette histoire !?...

    Pradelle lui attrapa soudain l'avant-bras.
    Sous le manteau, il sentit la maigreur, on rencontrait tout de suite l'os, ce qui procurait une impression très déplaisante, cet homme était un volumineux squelette habillé chez les chiffonniers.
    -Combien payez-vous de loyer ? Combien gagnez-vous ?
    Les questions fusèrent comme des menaces, fini les approches de loin, on allait clarifier le débat. Merlin, qui n'était pas impressionnable, eut tout de même un mouvement de recul. Toute la personne de Pradelle exsudait la violence, il lui serrait l'avant-bras avec une force terrible.
    -Combien vous gagnez ? Répéta-t-il ?
    Merlin tenta de reprendre ses esprits. Bien sûr, il le connaissait par cœur, ce chiffre, 1044 francs par mois, 12000 francs par an, avec lesquels il avait végété toute sa vie. Rien à lui, il mourrait anonyme et pauvre, ne laisserait rien à personne, et de toute manière, il n'avait personne. La question du traitement était plus humiliante encore que celle du grade, circonscrite aux murs du ministère. La gêne, c'est autre chose, vous l'emportez partout avec vous, elle tisse votre vie, la conditionne entièrement, à chaque minute elle vous parle à l'oreille, transpire dans tout ce que vous entreprenez. Le dénuement est pire encore que la misère parce qu'il y a moyen de rester grand dans la ruine, mais le manque vous conduit à la petitesse, à la mesquinerie, vous devenez bas, pingre ; il vous avilit parce que, face à lui, vous ne pouvez pas demeurer intact, garder votre fierté, votre dignité.
    Merlin en était là, sa vision s'était obscurcie ; quand il reprit ses esprits, il eut un éblouissement.
    Pradelle tenait une énorme enveloppe bourrée à craquer de billets larges comme des feuilles de platane. On ne faisait plus dans la dentelle. L'ancien capitaine n'avait pas eu besoin de lire Kant pour se persuader que tout homme a son prix.
    -On ne va pas tourner autour du pot, dit-il fermement à Merlin. Dans cette enveloppe il y a 50000 francs...

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  12. Et zut !...

    Cette fois Merlin perdit pied. Cinq ans de salaire pour un raté en fin de course. Devant de telles sommes, personne ne peut rester indifférent, c'est plus fort que soi, aussitôt vous avez des images, votre cerveau commence à calculer, cherche des équivalents, combien vaut un appartement, une voiture... ?
    -Et dans celle-ci (Pradelle sortit une seconde enveloppe de sa poche intérieure), la même somme.
    100000 francs ! Dix années de salaire ! La proposition eut un effet immédiat, comme si Merlin rajeunissait de vingt ans.
    Il n'hésita pas une seconde, arracha littéralement les deux enveloppes des mains de Pradelle, ce fut foudroyant.
    Il se pencha vers le sol, on aurait dit qu'il s'était mis à pleurer, il reniflait, penché sur sa sacoche qu'il bourrait avec les enveloppes, comme si elle était percée et qu'il eût fallu en tapisser le fond pour limiter les dégâts.
    Pradelle lui même fut pris de vitesse, mais 100 000 francs c'était énorme, il en voulait pour son argent. Il attrapa de nouveau l'avant-bras de Merlin, à lui casser l'os.
    -Vous me foutez tous ces rapports aux chiottes, dit-il, les dents serrées. Vous écrivez à votre hiérarchie que vous vous êtes gouré, vous dîtes n'importe quoi, je m'en fous, mais vous prenez tout sur vous. C'est compris .
    C'était clair, bien compris. Merlin balbutia oui, oui, oui, renifla, en larmes ; il se propulsa hors de la voiture.

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  13. Ouf ! L'honneur est sauf ! :)


    Il (Pradelle) passa dans son bureau, rebrancha le téléphone, demanda le numéro de l'opératrice et, à peine la conversation commencée, il hurla :
    -Quoi ? Encore cette histoire de rapport ?
    -Non, dit Léon, un autre...
    La voix de Léon ne respirait pas la panique ; il semblait plutôt maître de lui, ce qui était assez étonnant dans la circonstance.
    -Concernant, euh... Gardonne.
    -Non ! Le reprit Henri (Pradelle), agacé. Pas Gardonne, Dargonne ! D'aill...
    Henri qui venait seulement de saisir, se tut, foudroyé par cette nouvelle.
    C'était le rapport qu'il avait payé 100 000 francs.
    -Huit centimètres d'épaisseur, commenta Léon.
    Henri fronça les sourcils. Qu'avait-il pu écrire, ce salaud de fonctionnaire qui s'était taillé avec ses 100 000 francs, pour que cela prenne un tel volume ?
    -Au ministère, poursuivit Léon, on n'avait jamais vu une chose pareille : il y a 100 000 francs dans ce rapport, en grosses coupures. Les billets sont tous proprement collés sur des pages. Il y a même une annexe qui en récapitule les numéros.
    Le type avait rendu l'argent. Ahurissant !
    Henri désarçonné par cette information, ne parvenait pas à réunir les pièces du puzzle : le rapport, le ministère, l'argent, les sites fermés...
    Léon se chargea de souligner les liaisons :
    -L'inspecteur décrit des faits très graves au cimetière de Dargonne et dénonce une tentative de corruption sur un fonctionnaire assermenté, ces 100 000 francs en étant la preuve. Ils constituent un aveu. Cela signifie que les accusations sont fondées car on n'achète pas un fonctionnaire sans raison. Surtout avec une somme pareille.
    La catastrophe.

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  14. Épilogue

    En conclusion Pradelle fut interpellé puis mis en détention .
    L''auteur nous explique à la fin du roman dans un épilogue que Merlin pris sa retraite, que ses collègues le détestèrent. Il devint par la suite gardien d'un cimetière militaire : « Pendant bien des années, si vous passiez à St-Sauveur, qu'il fasse beau, qu'il fasse laid, vous étiez sûr de le voir enfoncer à grands coups de galoche sa pelle dans la terre alourdie par la pluie, afin d'entretenir les parterres et les allées ».

    Voilà, c'est tout ! J'ai terminé ! :)
    Enfin, jusqu'à nouvel ordre, sait-on jamais !...

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  15. Oh ! Il y a une suite ! :) Et bien oui, il faut reprendre le début avec le Thénardier des temps modernes responsable distribution de la boîte d'intérim qui distribue les blocs de couleur jaune avec plein de numéros de tel à l'intérieur...
    Nous lui avons rendu visite hier en espérant récupérer le reste de la paye due au salarié. Résultat, Thénardier était très énervé ; il a dit qu'il n'avait pas à me parler parce que je n'avais pas dit bonjour en entrant ! Faux ! Ma maman m'a appris à dire bonjour, mais lui tellement méprisant ne répond pas... et inverse les rôles. Attitude typiquement perverse. Bref, il nous a dit que la situation serait régularisée par le siège social au moment des payes à la fin du mois (le début du contrat datait de juin, ils mettent le temps, nous sommes mi septembre...)

    Exemple de créativité pour obtenir gain de cause (bien entendu, toute personne se trouvant face à un problème similaire est autorisée à recopier cette lettre sauf avis contraire de Roger Oxoh !):

    Lettre recommandée avec accusé de réception.

    A l'attention de Monsieur X (Responsable distribution ....)


    Ville de... le .../2015

    Monsieur,

    Ayant récupéré hier mon bulletin de paye (contrat de travail initial du 15...au ... pour 12 Heures (à 9,61 euros brut de l'heure) puis avenant au contrat de travail du ... au ... soit 2 semaines supplémentaires pour 2X10 Heures), je constate de nombreuses anomalies sur mon bulletin de paie.
    Entre autres :
    un total net à payer de 79 euros ( frais de km inclus)...
    et une soit disant absence injustifiée que je récuse du ... au ....

    Souvenez vous, après ma deuxième semaine de travail sur laquelle vous aviez soit disant un petit désaccord, vous deviez me rappeler par téléphone, ce que vous n'avez jamais fait. Je vous informe que je n'ai pas cessé d'essayer de vous joindre pendant les jours suivants en appelant même votre siège social... sans résultat...

    Je vous rappelle que je me suis entièrement tenu à votre disposition jusqu'au ..... comme il était prévu dans l'avenant.

    Je vous demande donc le paiement total de ce que vous me devez soit 32 heures de travail + indemnités kilométriques (Secteur de....).

    Il est utile et important de rappeler que pour ce travail, j'ai utilisé ma voiture personnelle et fait l'avance de l'essence.
    -Sur ma fiche de paie  n'apparaissent seulement que 7 euros .. d'indemnités de frais...

    En espérant recevoir la totalité de ce qui m'est dû très rapidement.
    Dans le cas contraire, je me verrai dans l'obligation de faire un référé aux Prud'hommes et d'informer l'inspection du travail pour commencer.

    Cordialement

    Copie à la Direction du siège social ... (Aix en Provence)
    ---------------------------------------
    NB : un référé aux Prud'hommes est une procédure rapide et gratuite.
    (Les biches se transforment parfois en tigresses, faut se méfier, on ne sait jamais ! :)
    Maintenant j'ai envie de jouer à Merlin, le fonctionnaire du roman : vais-je envoyer mon rapport dans les moyennes sphères (Inspection du Travail) et observer la suite... peut-être une remontée dans les hautes sphères ministérielles, peut-être la goutte d'eau qui va faire déborder le vase.... sait-on jamais !
    Cette sté joue sur la faiblesse des employés qui finissent par baisser les bras. Sur 100, il n'y en a peut-être qu'un seul qui réagit. Et puis ce n'est pas simple d'écrire une lettre ; il ne faut pas hésiter à demander de l'aide à certains qui se feront un plaisir d'aider car l'écrit leur est plus familier.
    J'ai l'impression que les gens nous traitent exactement de la manière dont nous les autorisons à nous traiter (dans tous les domaines).
    Il faut réagir avant que les dictatures ne s'installent. Plus facile à dire qu'à faire ?
    J'attends de voir le montant total de cette paye !

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  16. Ohhh!!!!!! Réception aujourd'hui d'une belle lettre recommandée signée par la directrice des ressources humaines de la sté d'intérim qui nous dit qu'après vérification ils sont redevables de 32 H soit 307,52 Euros brut soit 25 H qui seront régularisées apparemment en octobre (mais ce n'est pas très clair...)
    Toujours pas l'ombre d'un chèque mais on avance, on avance ! :)
    Je mérite bien un thé !
    PS : le logo de la société se termine par une belle bulle suivie par l'inscription "La réussite à portée de main" (à mourir de rire !)
    Ceci dit en passant, nous sommes bien loin du budget du PSG.

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  17. Hier j'ai enfin récupéré dans les locaux de l'agence d'interim un chèque de 225 Euros, seule, (la personne concernée ne pouvant se déplacer). Ca aurait été tellement plus simple d'envoyer ce chèque par la poste ou de faire directement un virement avec le RIB du salarié que la société possède. Mais non, ils font tout pour que les gens aillent quémander leur chèque à partir du 5 du mois... (dans ce cas 3 mois de retard pour être payé)

    Je suis"tombée" sur Thénardier n°2 (le n°1 n'était pas là ou plus là). Le même genre, avec les mêmes méthodes. Visiblement, cette histoire a du faire un scandale puisqu'il m'a dit que le salarié concerné avait préféré ne pas venir lui-même... Toujours ces menaces sournoises et voilées, cet art de renverser les situations... Je lui ai répondu que moi aussi j'aurai préféré ne pas venir... Heureusement que j'étais en possession d'une procuration et de la carte d'identité de la personne concernée sinon il ne m'aurait pas donné ce chèque.
    USANT...
    J'ai ressenti la forte impression qu'ils inversent toutes les valeurs dans ce groupe, que tout tourne dans le mauvais sens chez eux. Je pense qu'ils doivent toucher des primes de rentabilité : sans doute que plus ils exploitent les gens, plus ils sont payés. Et cette fois, ça n'a pas fonctionné comme prévu... Un système rendant les "petits chefs" complètement pervers ; et ça ne changera pas tant que les victimes resteront dans leur rôle de victime.
    Oui, usant tout ça.

    https://www.youtube.com/watch?v=ylgOY5YF1HE

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  18. J'ai trouvé les bulles jaunes !!!!!!!!!! :)
    https://www.youtube.com/watch?v=5CuqIaaxfA8
    Hi !!!!! :)

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